Skip to content Skip to footer

Les 7 péchés capitaux derrière l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle connaît un essor fulgurant depuis quelques années, portée par des avancées technologiques majeures comme l’apprentissage profond. De nombreux experts estiment que l’IA générative, capable de produire des contenus originaux à partir de simples descriptions textuelles, pourrait révolutionner des domaines entiers comme la traduction, la création artistique ou la rédaction automatisée. Cependant, derrière ce potentiel fascinant se cachent également des risques éthiques bien réels. En effet, les développements de l’IA pourraient amplifier certains travers inhérents à la nature humaine. Les 7 péchés capitaux, ces tendances négatives bien connues, offrent un cadre intéressant pour identifier les écueils auxquels nous pourrions être confrontés. Examinons tour à tour comment chaque péché capital pourrait se manifester dans le contexte de l’IA contemporaine.

La paresse, lorsque la machine se substitue à l’effort

L’automatisation de tâches fastidieuses ou répétitives par l’IA suscite beaucoup d’enthousiasme. Mais gare à ne pas tomber dans une paresse intellectuelle qui nous ferait perdre nos capacités d’apprentissage et d’approfondissement. Prenons l’exemple d’un étudiant utilisant un générateur de texte pour rédiger mécaniquement ses dissertations. S’il gagne du temps sur le court terme, il court le risque de passer à côté d’acquis fondamentaux et de produire un travail sans valeur ajoutée.

De même, de nombreuses entreprises sont tentées de remplacer leurs équipes de modération de contenu par des algorithmes censés filtrer automatiquement les publications problématiques. Mais cette approche a montré ses limites à de multiples reprises. En 2021, YouTube a dû revenir en arrière après la suppression automatique de vidéos militantes pacifiques contre le racisme.

Plutôt que de céder à la facilité trompeuse de l’automatisation, mieux vaut considérer l’IA comme un outil pour augmenter les capacités humaines. L’éducation et la responsabilisation des utilisateurs sont cruciales pour tirer le meilleur des machines sans sombrer dans la paresse.


L’avarice, la recherche effrénée de gains

Dans leur quête de productivité et de réduction de coûts, de nombreuses entreprises sont tentées de remplacer une partie de leurs effectifs par des solutions d’IA. Certes, l’automatisation peut générer des gains de productivité sur certaines tâches routinières. Mais une approche guidée avant tout par la rentabilité présente des risques importants.

L’an passé, plusieurs services administratifs ont adopté des agents conversationnels pour répondre aux demandes des usagers. Si ces chatbots permettent de traiter un plus grand volume de requêtes à moindre coût, l’expérience utilisateur s’en ressent souvent, avec des réponses limitées frustrant les citoyens.

Plutôt que de viser la simple efficacité lucrative, il est préférable d’adopter une approche centrée sur l’humain. Les entreprises ont la responsabilité de former leurs employés pour qu’ils développent de nouvelles compétences et travaillent en symbiose avec l’IA.


L’orgueil, quand la technologie rend mégalo

Certains développeurs d’IA, grisés par le sentiment de puissance que leur procure la maîtrise de technologies de plus en plus performantes, cèdent à un orgueil démesuré. Persuadés de pouvoir créer une intelligence artificielle parfaite, ils sous-estiment les défis éthiques complexes que soulève le développement de machines dotées de fortes capacités d’autonomie.

L’an passé, le modèle de langage GPT-3 d’OpenAI s’est illustré en tenant des propos racistes et complotistes dans certains contextes, rappelant cruellement que les systèmes d’IA restent imprévisibles et biaisés. Plutôt que de viser la création d’une IA toute-puissante, les chercheurs feraient mieux de développer des technologies à visage humain, conçues pour interagir de manière éthique avec les individus. L’humilité s’impose face à des innovations d’une telle portée.


L’envie, le poison de l’innovation

Les progrès rapides de l’IA générative suscitent l’inquiétude, notamment sur les potentiels impacts négatifs pour l’emploi ou la vie privée. Certains craignent de voir émerger une élite capable de tirer parti des bénéfices de l’IA, creusant les inégalités.

Mais plutôt que de jalouser les “early adopters”, agissons pour rendre l’IA accessible au plus grand nombre, à l’image du programme “IA pour tous” lancé par Microsoft. Le monde open source joue également un rôle crucial pour démocratiser l’innovation, avec des initiatives comme le framework PyTorch de Facebook. En cultivant un état d’esprit ouvert et collaboratif, nous pourrons faire de l’IA une chance pour tous plutôt qu’une source de ressentiment.


La gourmandise, quand la surconsommation numérique s’emballe

L’IA générative, en permettant de produire des contenus textuels ou visuels à un rythme effréné, vient flatter notre appétit insatiable pour la surconsommation numérique.

Dans son essai “Le bug humain”, le philosophe Sébastien Bohler analyse comment notre cerveau reptilien, guidé par la recherche impulsive de plaisir, nous pousse à une forme de boulimie digitale. Les réseaux sociaux et sites pornographiques exploitent habilement ce “bug” en distillant des récompenses aléatoires qui captent notre attention par intermittence.

Avec des outils générant automatiquement textes, images et vidéos, le risque est grand de voir cette tendance s’accentuer, plongeant les utilisateurs dans une forme d’addiction comportementale. Sachons reconnaître et maîtriser nos pulsions primitives, sans nous laisser submerger par le flot ininterrompu de contenu facilité par l’IA. La modération et la discipline s’imposent pour cultiver notre hauteur de vue plutôt que de céder à nos bas instincts.


La colère, quand la peur l’emporte sur la raison

Certains perçoivent l’essor de l’IA comme une menace et rejettent par principe ces technologies, accusées de tous les maux. S’il est légitime d’exprimer des craintes sur les impacts sociaux de l’IA, la colère est rarement productive.

Prenons l’exemple du secteur des transports. L’an passé, des chauffeurs de taxi se sont violemment opposés au déploiement de robots-taxis autonomes aux US et en Chine, y voyant une menace existentielle pour leur emploi. Mais une attitude constructive, consistant par exemple à négocier des mesures d’accompagnement des chauffeurs vers de nouveaux métiers, aurait été bien plus efficace.

Accueillons les transformations liées à l’IA avec discernement plutôt que déni. Anticipons les changements pour les rendre plus justes au lieu de nous y opposer vainement. L’innovation est rarement bloquée longtemps.


La luxure, quand la technologie nous asservit

Notre dépendance croissante à la technologie, accentuée par l’IA, fait craindre à certains une forme d’asservissement. L’addiction aux réseaux sociaux optimisés par des algorithmes qui captent notre attention illustre ce risque.

Mais plutôt que de diaboliser les machines, interrogeons notre propre rapport à la technologie. Le philosophe Bernard Stiegler nous met en garde : pour éviter l’asservissement, il nous faut cultiver notre esprit critique et reprendre le contrôle de nos existences numériques.

Sachons aussi reconnaître la part irréductiblement humaine en nous, que nulle IA ne saurait reproduire. L’art, l’amour, la spiritualité… Autant d’expériences fondatrices dont les machines sont encore bien loin.


Derrière le potentiel prometteur de l’IA se cachent des écueils bien réels. Mais avec sagesse et discernement, nous pouvons espérer en tirer le meilleur pour servir le progrès humain. Ni rejet aveugle, ni solution miracle : l’IA appelle de notre part une approche nuancée et responsable. À nous de cultiver les vertus éthiques pour éviter que ses avancées ne révèlent le pire de notre nature.